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Le poison positif

20 décembre 2019

Marina Zogalis

NE REFUSE PAS MA DOULEUR

Une attitude positive ne peut rien contre le cancer

À moins que vos propres cellules souches se soient déjà retournées contre vous et aient essayer de vous tuer, vous ne pouvez pas comprendre ce qui se passe dans la tête et le corps d’un malade. C’est un champ de bataille contre votre gré, une guerre dans ce que vous avez de plus profond, une épée de Damoclès qui menace à chanque instant de céder. Vous ne savez pas. Alors pas la peine de m’inonder de conseils non sollicités sur comment gérer mon cancer. Surtout quand c’est pour me dire qu’une attitude positive est la clé de tout. Ne me dites pas comment gérer ma peine, ma peur, l’effroi qui m’habite. Laissez-moi ma colère.

Je vous le dis : le cancer ne se traite pas avec une attitude positive. Le cancer se fout éperdûment de vos pensées et de celles des autres. Ça ne fonctionne pas comme ça, désolée.

Laisser libre-cours à la rage

Libérer la colère

Pour beaucoup d’entre nous, la peur se manifeste par la frustration et la colère. La colère est en fait une émotion bien présente chez les malades atteints du cancer. Et être fâché ne fait pas des malades des gens négatifs, même si plusieurs préfèrent nous appeler ainsi. Peut-être parce que ça permet de nous cataloguer et de nous faire entrer dans des petites boîtes? Quand c’est bien rangé, c’est toujours plus simple à accepter et à justifier en société.

PAS VOTRE PATIENT PARFAIT POUR LE CANCER

L'AUTEUR PENDANT SA BATAILLE AVEC LE CANCER

Un cancer digne de Hollywood

L’hypocrisie des bonnes journées

Quand quelqu’un me dit “Je suis là pour toi, fais-moi signe si t’as besoin de quoique ce soit” tout en me rappelant l’importance de demeurer positive, je le reçois comme si leur aide n’était valable que si j’abordais mon cancer d’une façon qui leur convenait. Des visiteurs lors des bonnes journées, mais fin seule les jours où je donne libre cours à mes émotions “négatives”.

Souvent, on dirait que celui qui promet d’être là pour nous soutenir à travers les horreurs du cancer n’est libre que lors des “bonnes” journées. Ces journées où Hollywood nous proposerait un rôle de “cancéreux parfait”, celui qui accepte son sort, reste fort et sourit sans se plaindre. Un patient qui inspire les autres par sa positivité radieuse, acceptant le pire des diagnotics. Un patient qui pleure délicatement, sobrement, sans crier à l’injustice de voir son propre corps essayer de l’assasiner.

Non, c’est pas beau

La si laide vérité

Le cancer est laid. Le cancer est rempli de peine, de confusion, de frustration, de sautes d’humeur qui trahissent la terreur absolue qui nous consume. Si vous choisissez d’appeler ça de la “négavité dont je n’ai pas besoin dans ma vie”, ça fait de vous un menteur. Quelqu’un qui a fait croire à une personne malade qu’il serait toujours là.

Si votre idée d’un malade est l’image que vous sert Hollywood, grand bien vous fasse. Mais de grâce, ayez le courage de dire que vous ne pouvez pas composer avec la réalité. Et surtout, ne promettez jamais d’être là si vous n’en avez pas la moindre intention.

Le cancer, c’est pas un film à l’eau de rose.

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