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Les stagiaires

27 janvier 2020

Christiane Rochon

PRÊT À TRAVAILLER

Les cellules souches, ce sont des cellules qui n’ont pas encore de job

Elles sont toutes propres, sans mauvais plis, motivées à l’os, prêtes à relever le défi qui leur sera confié. Chaque cellule souche deviendra un jour une cellule aux fonctions bien précises. Voyez-les comme des stagiaires qui peuvent faire un peu n’importe quoi avant de se caser pour la vie. On sous-estime souvent le pouvoir des stagiaires… jusqu’à ce qu’on croule sous le travail. Pareil pour les cellules souches : on s’en tape royalement jusqu’à ce qu’un être cher ait besoin des cellules souches de quelqu’un d’autre pour rester en vie. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’on ne connaît rien sur elles, pas plus qu’on a pris la peine de jaser un peu au stagiaire avant de lui donner 845 photocopies à faire.

Devenir donateur est plus facile que vous ne le pensez

Que sont les cellules souches?

Personne autour de moi ne connaissait leur importance avant qu’on fasse éclater l’histoire de Mai au grand jour. Personne. Ça dépasse l’entendement. Chacun d’entre nous a la possibilité bien réelle de sauver une ou plusieurs vies, mais ça ne nous a jamais été communiqué. On boucle notre ceinture de sécurité, on signe docilement notre carte de don d’organes. On s’inscrirait sans doute au registre des cellules souches… si seulement on savait qu’il existait.

Devenir donneur de cellules souches, c’est ben ben niaiseux, finalement. Un petit frottis buccal qui prend tout au plus 10 minutes, si t’es le genre de personne qui lit le fine print sur les formulaires. Dix minutes pour sauver une vie. Parce que c’est littéralement ça. En 10 minutes, ton inscription est faite, pis tu peux retourner vaquer à tes occupations importantes, comme left-swiper les laiderons sur Tinder, démêler le fil de tes écouteurs ou encore partager la recette de ton smoothie au kale. Dix minutes.

pas à pas

Le processus

Qu’est-ce qui arrive, alors, si on découvre que ton ADN correspond à celle d’un autre humain malade? On t’appelle. Tu réponds, t’es content : c’est pas tous les jours que tu peux sauver quelqu’un. Tu passes des tests médicaux pour déterminer que t’es en bonne santé. On te veut en bonne santé pour que ça soit moins toffe pour toi, et pour que tes cellules souches soient fringantes pour bien prendre chez le patient. Tu passes? Yéééé! On te redemande une dernière fois si tu souhaites aller de l’avant. C’est hyper important, parce que si t’acceptes à cette étape, l’équipe médicale du patient le prépare à la greffe. La préparation à la greffe, c’est des doses massives de chimio et de radio pour tuer complètement les cellules souches du patient et la moelle osseuse déréglée qui les produit. C’est possiblement la chose la moins le fun à traverser du monde. Tu comprends que tu peux plus reculer, surtout qu’on survit maximum cinq jours sans moelle osseuse. La vie du malade est littéralement entre tes mains.

Pendant que le malade se fait annihiler la moelle, toi, tu reçois un médicament qui stimule ta production de cellules souches. C’est donc dire que t’en produis plus que nécessaire, comme Nickelback produit plus de chansons que nécessaire. Les gens qui sont passés par là disent qu’ils se sentent un brin gonflés, les « veines pleines ». C’est normal : tu AS les veines remplies au max. Au bout de quelques jours, t’es prêt, le malade aussi, et là commence concrètement le geste le plus altruiste qui soit, le don.

Le processus de don démystifié

au cours des années

Avant, la seule option était de faire ça sous anesthésie, une drill dans les os du bassin, aïe, ils te prenaient un litre de moelle (qui savait qu’on avait plus d’un litre de moelle dans les os du bassin??), pis t’avais de jolis bleus dans le bas du dos, faisant concurrence à ton tatouage de signe chinois. Mais de nos jours, ça se fait par aphérèse, une sorte de longue prise de sang avec la même machine qui sert à la dialyse. Un tube dans un bras tire le sang gorgé de mille petites cellules souches, les stagiaires sanguins. Le sang passe dans une centrifugeuse, les cellules souches en sont extraites, et, de l’autre bras, ton propre sang allégé t’est retourné. T’es conscient pendant tout ce temps-là, tu peux te mettre à jour dans tes séries télé, t’as une infirmière qui s’occupe de toi comme si t’étais membre de la royauté, bref, c’est comme un dimanche où tu décides de t’habiller en mou pis de pas répondre au téléphone, avec ta mère qui t’apporte sa sauce à spag. Gros plus : t’es même pas en jaquette d’hôpital.

Donner des cellules souche c’est pas grand-chose

En fin de compte

T’as rien perdu, puisque les cellules souches extraites avaient été produites en surplus. Bon, t’as peut-être perdu quelques heures dans ta journée, mais considérant que tu viens de sauver une vie, c’est un moindre mal. T’es de retour à ta vie normale dès le lendemain, à la seule différence que ta tuque sera peut-être plus difficile à mettre par-dessus ton auréole.

Il n’y a que des avantages à devenir donneur de cellules souches : sauver une vie, manger plein de biscuits secs sur le bras de l’hôpital, avoir le droit de te vanter pendant des années, te faire regarder avec admiration par pas mal tout le monde, et étirer ta « convalescence » d’un jour ou deux pour te faire un long week-end (le patron qui t’en tiendrait rigueur est une mauvaise personne).

Si t’as entre 18 et 35 ans, inscris-toi donc. Ça serait plate que tu prives un humain de tes excellentes cellules, surtout que maintenant, tu sais que c’est pas grand-chose. Au boulot, on s’entraide, on travaille en équipe. Passe donc ton stagiaire à ton collègue qui est plus dans le jus que toi.

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